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Etats généraux: petits réglements de compte

admin | 11 10 2008

Conseiller de notre omniPrésident, Alain Minc, ancien président du conseil de surveillance du Monde, est faché avec Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde, qui a lancé un site d’informations payant, mediapart.fr. Cette fâcherrie a été évoqué par Alain Minc lors de l’émission “Parlons Net” sur France info.

Dans cet entretien, le conseiller de Nicolas Sarkosy dit sans détour cette fois (son ancienne position le contraignait à une “prudence vaticanesque”) qu’une des plaies de la presse française est le syndicat du livre qui impose à l’impression et ladistribution des quotidiens des coûts (salaires et effectifs) exhorbitants et qu’il faut faire avec le livre ce qui a été fait par un ministre socialistes avec les dockers.

Mais dans cet entretien Alain Minc évoque aussi médiapart.fr. J’ai dit ici toutes les réserves que m’inspirent cette expérience qui à peine lancée a été accompagnée d’un appel à la défense de la liberté de la presse. Il semble que le conseiller du Président soit encore plus catégorique que moi.

On jugera en visionnant l’entretien diffusé sur Daylimotion:

Mediapart.fr a réagi de deux façons à cette mise en cause:

  1. dans un texte de Laurent Mauduit, auteur d’un pamphlet contre Minc, qui écrit notamment:

    Alain Minc est, en arrière-plan, le grand organisateur des états généraux sur la presse. Et qu’il dit tout haut - sur la gratuité, sur le livre CGT ? - ce que Nicolas Sarkozy ne veut pas forcément assumer publiquement. En vérité, c’est cela qui est le plus inquiétant. Avec ses états généraux, on devine qu’une grande mise en scène est organisée. Mais qu’en vérité tout est déjà décidé.

  2. dans une vidéo diffusée sur Daylimotion qui “recycle” les propos de Minc pour demander des subsides:

Comme Coluche, je ne suis pas sûr que cela fasse beaucoup avancer le schmilblick. Or si j’en crois lefigaro.fr qui cite le cabinet de conseil en stratégie OC & C Strategy,

la presse écrite payante française (presse quotidienne d’informations générales, presse payante d’annonces, presse magazine grand public) devrait globalement passer dans le rouge dès 2010-2011 et pourrait accuser une perte de 700 à 800 millions d’euros à l’horizon 2015. «Depuis des années, la presse écrite s’est contentée d’un modèle économique peu performant. Aujourd’hui, elle dispose d’une faible marge de manœuvre pour prendre les options stratégiques qui s’imposent afin de préparer les années à venir», préviennent les auteurs de l’étude. En 2007, le résultat estimé du secteur est compris entre 300 et 400 millions d’euros pour un chiffre d’affaires global autour de 8 milliards d’euros, soit une rentabilité de 4 à 5 %. La perspective de perte en 2015 est liée à la poursuite de la baisse de la diffusion de la presse papier et à la migration des recettes publicitaires vers le Web. Même si les groupes de presse sont déjà présents sur Internet, le volume d’activité qu’ils y génèrent est encore faible bien que la marge s’élève entre 10 et 15 %.

Or cet effet de ciseaux qui a été décrit par le professeur Piccard dans une conférence intitulée “La vache et l’entrecôte” ne sera pas interrompu par des mesures pour inciter les jeunes à lire (il le font), pour inciter le livre à travailler plus et mieux pour moins cher et avec moins d’effectifs, ou pour augmenter les points de vente des quotidiens.

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Alain Minc, Edwy Plenel, Etats généraux, mediapart.fr, presse, Sarkozy, web
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Des Etats généraux de la presse pour quelle révolution?

admin | 23 09 2008

Quand la France convoque des Etats généraux, la révolution pointe le bout de son nez. En sera-t-il de même pour les Etats généraux de la presse organisés à l’initiative du chef de l’Etat? Le tollé semble général à la suite de la diffusion sur le site du Point du rapport “Médias et numérique” remis par Danièle Giazzi au Président de la République (on peut le télécharger ici et Mme Giazzi a donné une interviex à 20 minutes qu’on peut consulter là).

Sur ecosphere, Emmanuel Parrodi estime que ce rapport est dans la grande tradition colbertiste française:

Comme prévu le rapport vise à détricoter les dernières barrières limitant la concentration dans l’industrie des medias. L’argument, logique, de la nécessité de de bâtir des groupes multimedia l’emporte sur la question de légiférer sur le seul écosystème de l’internet. Pas le temps de commenter plus avant ce matin  mais je note qu’on tente de renouer sans surprise avec la bonne vieille recette colbertiste qui favorise la constitution de pôles industriels puissants dont on favorisera la position dominante et qui deviendront l’interlocuteur naturel de l’Etat. Reflexe naturel bien français, parfois efficace, toujours spectaculaire, et qui permet de s’économiser une vraie réflexion sur le développement des initiatives individuelles et d’un ecosystème favorable au développement d’un tissu industriel. D’ailleurs je ne vois pas grand monde représentant les medias internet dans la liste des personnes consultées. Mais les principaux consommateurs d’aides de l’Etat y sont bien représentés.

Sur nuesblog, Nicolas Voisin estime que Danièle Giazzi donne des boutons:

Pendant que quelques uns se tripotent les neurones à savoir si la concentration dans les médias est un danger pour le pluralisme, d’autres certifient le contraire : “Il faut libéraliser le secteur”, comprenez, favoriser les concentrations (oui, je sais la logique sémantique n’est pas évidente, c’est le propre du néolibaralisme). “Aujourd’hui à l’heure d’Internet et du numérique, le pluralisme serait garanti par l’abondance des sources d’information” nous assure la rapporteuse de la commission mandatée par notre ovniprésident(…)
Après la riposte graduée, voici la concentration graduée. Amis, réjouissons-nous de la plus grande puissance de feu sur nos “temps de cerveaux disponibles” demain d’un Bouygues, d’un Boloré ou d’un Lagardère.

A force de se ressembler les sources d’info n’auront donc plus qu’à se “rapprocher” voir à opter pour un diffuseur commum.

Le pluralisme, c’est toi, c’est moi, mais ça ne sera pas eux.

Une idée pour la commission (qui prépare les États généraux de la presse, l’examen de la loi audiovisuelle et celui de la loi antipiratage des œuvres culturelles - rien que ça) > réfléchir à un véritable service public de l’Internet, endémique et multimédia. Ma marote.

Sur novövision, Narvic analyse la fin du journalisme entre les lignes:

Le premier temps de ce « plan de bataille » consiste à restaurer la rentabilité de la presse écrite, en faisant voler en éclats le cadre juridique hérité de la Libération, préalable à l’absorption des journaux par de grands groupes multi-médias / multi-supports. Ces groupes seront à naître de la fusion des industries du divertissement et de l’information, en faisant sauter les verrous juridiques qui font obstacle aujourd’hui à leur constitution : les lois anti-concentration dans la presse et les médias, et le droit d’auteur des journalistes… Le rapport préconise toutefois un certain nombre de mesures favorisant le développement, à la marge de ce système médiatique, d’un journalisme « artisanal » indépendant sur internet, bénéficiant de l’aide l’Etat et de fondations privées.

Dans une tribune sur Rue89, le sociologue Jean-Marie Charon indique les “fausses pistes” du rapport:

Les recommandations suivantes vont totalement à l’opposé de ces bonnes intentions puisqu’elles assènent une option centrale, se débarrasser des dispositions anti-concentration. Répondre aux demandes incessantes des groupes de communication qui réclament depuis des années d’être libérés de toute entrave.(…) Sauf que l’observation de la situation de la presse en France et dans le monde, montre que le raisonnement est faux. Quel est le bilan des groupes de communication dans la presse quotidienne française? Jamais concentration ne fut plus grande qu’avec Robert Hersant et pourtant jamais le bilan ne fut plus catastrophique pour des titres comme ceux de la presse de Rhône-Alpes, de l’Ouest ou du Nord de 1980 à 2003(…) C’est ainsi que Le Progrès (de Lyon), dans cette période, a perdu 32% de sa diffusion, alors que le Dauphiné Libéré reculait de 24,6%. Mais le bilan du groupe Lagardère dans la presse du Sud Est n’est pas plus flatteur puisque sur les mêmes années le Provençal et le Méridional, fusionnés dans La Provence verront la diffusion reculer de -35,5%. Recul général, suggère le rapport Giazzi qui constate que « les ventes décroissent sans interruptions depuis les années 60 ». Sauf que sur ces mêmes années Ouest France et le Télégramme de Brest ont eux progressés de 13,5% et 11%. Sauf que ceux-ci ne sont pas des géants. Le premier a remis son capital entre les mains d’une association et le second est totalement indépendant.

Et Edwy Plenel qui renvoie à PaperRoll sur Mediapart note:

cette opération de communication enrobe une vaste offensive de dérégulation des médias sous tous supports, parallèle à l’affaiblissement économique et à la prise en mains politique du service public audiovisuel.

Donc il s’agit tout à la fois de sauver la presse, le journalisme, le pluralisme, la démocratie, le droit d’auteur en empêchant des copains (encore des copains) de notre omniPrésident de “concentrer” et de faire tomber des “privilèges”. C’est pas gagné.

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droits d'auteur, journalisme, presse, syndicats, web
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Etats généraux, Giazzi, médias, numérique, rapport, Sarkozy
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Esquire fait sa une avec l’encre électronique

admin | 14 09 2008

Le magazine américain “Esquire” va fêter ses 75 ans. A cette occasion le numéro d’octobre va présenter une couverture intégrant la technologie de l’encre électronique. Voilà ce que ça donne sur une vidéo démo:

Pour plus de détail lire l’article du “Boston Globe”, Cover story: E Ink writes a new chapter, qui raconte en détail l’histoire de cette “cover story” (sujet principal) historique.

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e-ink, Esquire, magazine
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Le symbole “20 minutes”

admin | 13 09 2008

Une dépêche de l’AFP indiquait il y a une dizaine de jour que le quotidien gratuit “20 minutes” allait lancer une nouvelle formule courant novembre pour offrir à ses lecteurs un journal “plus clair, plus aéré, plus visuel”. Ces opérations de reloockage sont généralement accompagnées de justifications éditoriales révélatrices en fait d’un fosé qui inéluctablement se creuse entre les lecteurs et leur quotidien, fossé que quasiment aucune nouvelle formule avec “plus” de ceci et de cela et avec les nouveautés obligées - typographie et rubriques - ne parvient jamais à combler.

C’est pour moi le signe que la presse d’information gratuite entre dans un cycle comparable à celui de la presse d’information payante et qu’elle va dépenser de plus d’argent et d’énergie sur la forme - visuel, design… Bon courage!

En fait ce qui m’intrigue dans cette affaire c’est son arrière plan humain (qui n’est pas sans rappeler ce qui se passe entre “Le Monde” et le monde.fr). Il y a eu des divergences entre la directrice de la rédaction, Corinne Sorin, et le rédacteur en chef de 20minutes.fr, Johan Hufnagel. Je ne connais pas Johan mais j’ai suivi l’évolution du site depuis trois ans. C’est super bien fait. Suffisamment en tout cas  pour ne pas être ridicule en terme de trafic comparé aux leaders que sont lemonde.fr, lefigaro.fr ou liberation.com.

Or le président de 20 Minutes France, Pierre-Jean Bozo a arbitré en faveur de Mme Sorin. Il dit à juste titre qu’il “ne pouvait pas y avoir de direction bicéphale”. Mais pourquoi avoir donné raison à la patronne du papier plutôt qu’au patron du web? Il y a des éléments du dossier que j’ignore. Il reste la partie émergée de l’iceberg, le symbole, le message, qui en l’occurrence est: “suprématie du papier”.

C’est une caractéristique des réflexes de la presse traditionnelle, elle tombe du côté où elle penche. La presse gratuite en est-elle déjà là? C’est désolant. “20 minutes” avec son site a une vraie puissance de pénétration. Pour gagner la bataille de l’information qui se livre désormais d’abord sur le web, c’est là qu’il faut mettre ses euros, pas dans la quincaillerie de maquettistes  et de graphistes.

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20 minutes, Bozo, Hufnagel, maquette, Sorin
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Le Monde interactif sans Bruno Patino

admin |

Un communiqué du groupe Le Monde indique jeudi 11 septembre que Bruno Patino, président de Télérama, du Monde interactif et de la régie publicitaire Publicat, quittera “prochainement” le groupe qui se compose, depuis la cession du pôle presse régionale (Les journaux du Midi), d’un pôle presse quotidienne nationale (Le Monde)et d’un pôle magazine (Télérama, La Vie, Courrier international, Fleurus Presse…).

http://medias.lemonde.fr/mmpub/edt/ill/2008/09/11/h_9_ill_1094277_dsc_4503.jpg

Présentée comme prise “d’un commun accord et au terme de nombreuses discussions avec le président du directoire, Eric Fottorino”, cette séparation n’est pas une véritable surprise. Le pouvoir ne se partage pas surtout quand l’enjeu est de de la taille du Monde interactif, cette petite filiale qui dégage plus de trois millions d’euros de résultats par an, donc forcément mal aimée de la rédaction d’un quotidien qui s’épuise à trouver l’équilibre.

Dans le jeu de rôle qui est celui du pouvoir, Patino tenait le mauvais. En dépit de la confiance que lui portait les actionnaires extérieurs, son accession à la présidence du directoire a été bloquée par ceux là même qui avait provoqué le départ de Jean-Marie Colombani. Le ticket Jeantet-Patino-Fottorino n’a pas résisté à la guérilla menée par la SRM contre le patron du Monde interactif dont le budget pour 2008 a été refusé alors même qu’il était la seule ligne en vert dans les comptes du groupe. Le triumvirat démissionna en bloc le 19 décembre 2007 et on sait ce qu’il advint:

  • Pierre Jeantet retourna à Bordeaux diriger le groupe GSO auquel il venait de vendre les Journaux du Midi pour la somme astronomique de 90 millions d’euros (ça doit pas être de la tarte de justifier aux actionnaires ce prix dans la conjoncture actuelle: baisse de près de 2% des ventes);
  • Eric Fottorino qui a repris sa démission au nom de l’intérêt supérieur du Monde occupe depuis le début de l’année la présidence du groupe et mène (avec talent et opiniâtreté il faut le dire) une courageuse opération de reconstruction sur les décombres du groupe;
  • et Bruno Patino s’était replié sur les bases où l’avait installé Jean-Marie Colombani et où il avait fait preuve de ses qualités, Télérama, après Le monde interactif, la filiale 70-30 avec Lagardère qui opère notamment le site lemonde.fr, premier site d’informations en dépit de la fantastique remonté du néant du figaro.fr (voir ici).

Ce n’était pas des bases tenables éternellement pour un garçon de 43 ans brillant et ambitieux. On imagine sans peine ce qu’auront été “les nombreuses discussions” dont le communiqué du Monde fait état. Reste qu’une nouvelle page de l’histoire du groupe se tourne.

Je ne me fait pas de soucis pour Bruno Patino. S’il n’atterrit pas lundi 15 septembre à France culture où la succession de David Kessler est ouverte, il y aura bien d’autres portes qui s’ouvriront pour un homme intelligent qui a si bien réussi sur un terrain miné des nouvelles technologies de l’information.

Je me fait du souci en revanche pour le Monde interactif. J’ai démissionné de mon mandat d’administrateur lors du conseil d’administration de mai et je n’ai plus d’informations directes sur la marche de l’entreprise que j’ai créé (je revendique haut et fort cette paternité) et à la quelle je reste attaché ainsi qu’aux personnes qui y ont travaillé et y travaillent encore. Or en dépit d’une présentation rassurante dans le communiqué:

Cette décision relève du choix personnel de ceux qu’elle implique, et ne remet en cause ni la stratégie ni l’ambition des titres et sites jusqu’ici dirigés par Bruno. Télérama, Le Monde interactif et Publicat continueront leur bonne marche dans un esprit constructif visant à améliorer encore leur qualité et leurs performances

le désamour du Monde à l’égard de sa filiale est tenace. Sa production a toujours été considérée par la très grande majorité de la rédaction comme un sous produit du quotidien et pas une production à part entière. Cela était relativement compréhensible quand j’étais au commande du Monde interactif et que je prônais une politique éditoriale clairement autonome de celle du quotidien. Cela l’étais beaucoup moins après recentrage opéré par Bruno Patino, Le Monde a été remis en avant même si ce n’était qu’un habillage pour ne pas dire un maquillage. Quoiqu’il en soit, le papier et le web auraient dû filer le parfait amour ce qui n’a jamais été le cas. Après et comme moi, Patino a commis des crimes inexpiables contre le papier. Le premier a été de théoriser la fin du journalisme de prese écrite dans son livre à quatre mains avec Jean-François Fogel, Une presse sans Gutenberg (Ed. Grasset, 2005). Le dernier a été de lancer LePost.fr, ovni éditorial qui a couté un million d’euros à lancer mais qui fait des bénéfices après moins de deux ans d’activité, faisant ainsi la démonstration que le modèle ohmynews est viable pas seulement en Corée du sud. Entre temps il a eu la mauvaise idée de lancer une nouvelle version du site que son staff a préparé en secret dans des locaux lointains de ceux de la maison mère. J’avais voulu mettre le Monde à bonne distance (quai de la Loire, XIXe) en 1998. Bruno Patino l’a certes réduite (rue Regnault, XIIIe) en 2007 mais elle demeure.

Je suis prêt à parier qu’une des premières choses qui va se produire est le déménagement du Monde interactif dans les locaux du Monde, Bd Auguste-Blanqui. La rédaction du Monde aura alors le doux sentiment d’avoir repris le contrôle de son site et de l’équipe qui le fait vivre. Et cela sera sûrement vrai, comme au temps où à claude-Bernard tout le monde était logé dans un entre sol pour ne pas dire à la cave. Et cela sera une catastrophe si dans le même mouvement il ne se produit pas une refonte totale de l’architecture éditoriale plaçant l’information au coeur du dispositif et les systèmes de diffusion en position satellite, en gros l’adoption d’une véritable structure cross médias. Cela passe par une désacralisation du papier. Ce n’est pas gagné (voir mon échange avec Véronique Maurus sur le sujet, il y a quelque temps).

Comment faire admettre à une rédaction qui vit depuis plus d’un demi siècle au rythme des bouclages de fin de matinée (c’était midi quand je suis entré au Monde, c’est juste après dix heures désormais) qu’elle doit être connectée sur le monde 24 heures sur 24, que l’éditing est un métier différent de celui de rédacteur, et que ce qu’elle écrit doit être relativisé par le propos des lecteurs qui inter réagissent avec l’information? Ca ne se décide pas sur un coin de table en fonction de vagues enjeux de pouvoirs. Il faut une vision claire du chemin qu’il y a à accomplir. Est-ce que Le Monde est en position de? Je doute. Je crains une vision à courte vue, nombriliste, égoïste, passéïste. Trop peu de rédacteurs se sont colletés avec le blog, cette sorte de thermomètre qui dit si une information est véritablement chaude (forte) ou non, cette sorte de brouillon d’une édition papier. Faire l’économie de cette refondation avant de se rapproprier lemonde.fr serait un exercice vain. Or rien n’indique qu’il existe une telle volonté aujourd’hui et cela me désespère.

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Fottorino, Le Monde, lemonde.fr, Patino, SRM
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Du blog au print

admin | 10 09 2008

Brian Stelter s’est fait connaître dans la blosphère américaine avec TVNewser qui analysait les phénomènes de la télé. Le retentissement de ces chroniques a attiré l’attention du New York Times qui l’a embauché pour faire la même chose intitulée désormais TVDecoder.

Beatblogging.org vient de lui consacré un post dans lequel est décrit la façon dont Stelter travaille désormais à “deux mains”, l’une pour le blog, l’autre pour le quotidien.

Beatblogging précise que Stelter n’a rein connu d’autre que le journalisme en ligne, son blog, Twitter et toutes les plateformes sociales sont pour lui un moyen normal d’avoir le “feedback” de ses lecteurs qui est pour lui un élément essentiel de son activité. Il dit notamment (j’ai la flemme de traduire):

“I think the big and most general advantage is it kind of makes it easier to share stories, ideas, links and to be able to ask for advice, contacts and sources,” he said about being a wired journalists. “When I go on Twitter and post about what I’m writing about, I’m opening myself up to opinions, more points of view and more sources. That’s almost always a benefit.”

Ca marche comment? A l’occasion de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin, Stelter a eu l’idée de regarder ce que disait les “twitteristes” sur la chaîne de télévision qui assurait la retransmission. Il a relevé que les gens étaient très mécontent parce que NBC avait décidé de retardé de 12 heures la difussion des images pour pouvoir les passer en “prime time”. Ceal a été le sujet d’un post qui était accessible depuis la page d’accueil du nytimes.com. Les commentaires à ce post fait sur le blog et sur Twitter ont convainsu l’éditeur de demander à Stelter un article pour le quotidien.

“It wound up on the front page of the Times the next day,” he said. “A few years ago that simply wouldn’t have been possible. I don’t think it would have been possible to measure the reaction.”

L’utilisation des blogs et des plateformes sociales en amont de la publication dans le papier est largement pratiqué par le New York Times, notamment pour la couverture des événements sportifs (par exemple le dernier US Open de tennis). Cela permet de “sentir” l’intérêt d’un sujet et de pouvoir en extraire le meilleur pour l’édition imprimée. C’est une véritable démarche cross médias dont les éditeurs devraient s’inspirer de ce côté de l’Atlantique où, à de rares exceptions près, les blogs restent considérés comme sulfureux. Pour Stelter ils sont de véritables carnets de notes (leurs fonctions initiales):

“It’s frequently an archive for when I’m writing a story for the paper, so I can go back and use some of the thoughts I had three months ago for a story.”

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Google Chrome

admin | 3 09 2008

google chrome J’ai téléchargé la”chose” ce matin et je navigue avec depuis. Suis assez d’accord avec le commentaire fait par 01net à propos du nouveau navigateur web, Google Chrome, lancé hier. En tout cas il mérite d’être essayé, même par ceux à qui Google donne des boutons. Un seul regret pour l’instant: je retrouve pas les outils de FireFox type Firebug, Fireshot ou Scribfire mais je pense que ce n’est qu’une question de temps.

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La leçon de journalisme interactif selon Jeff Jarvis

admin | 1 09 2008

Voici la présentation faite par Jeff Jarvis lors de la première leçon de son cours sur le journalisme interactif (il faudrait le passer en boucle dans toutes les rédactions):

Intj0808pdf
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Les outils de recherche

admin |

Nick Davies est journaliste au Guardian, quotidien anglais pour lequel il fait de “l’investigation” ce qui lui a valu de nombreuses distinctions. Il est l’auteur de plusieurs livres dont l’un, intitulé “Flat Earth News”, pointe les mensonges, les altérations et la propagandes qui minent de plus en plus les médias.

C’est à ce titre qu’il vient d’être interviewé par editorsweblog dans le cadre d’une série sur l’avenir du journalisme d’investigation.

Cet entretien mérite d’être lu ne serait-ce que pour la posture que tient Nick Davies. Il rappelle en effet que la formule “journalisme d’investigation” est un vilain pléonasme, chaque journaliste devant faire un faire un minimum d’enquête sur les teants et les aboutissants des faits qu’il rapporte et pas se contenter de reproduire ce qui lui a été dit sans faire les vérifications nécessaires. La différence entre le reporter de base et “l’investigateur” se place au niveau du temps consacré à ces vérifications, recoupements, et autres formes de recherche de la vérité. Le reporter en a peu car il doit “produire” au quotidien un volume appréialble de copie. L’investigateur en a de plus à beaucoup plus selon la liberté que lui donne son éditeur pour creuser un sujet.

La menace qui pèse selon Nick Davies sur l’investigation est là, dans la tendance à la recherche de la productivité, donc dans la réduction du temps passé sur les sujets. Jusque là l’analyse me semble impeccable. Il faut du temps pour faire une bonne enquête qu’on appelle cela de l’investigation, du reportege, ou plus simplement des recherches. Et je pense comme Nick Davies que les éditeurs ont tord de réduire le temps consacré aux enquêtes de leurs journalistes spécialisés.

En revanche je ne suis pas d’accord avec mon confrère du “Guardian” quand il dit que les nouvelles technologies sont elles aussi chronophages et que par conséquences elles contribuent à un appauvrissement de la qualité des “investigations”. Pour faire son travail Nick Davies utilise un magnétophone, un téléphone cellulaire, un ordinateur, peut-être un petit appareil photo numérique (comme le chasseur de tête que j’ai rencontrer la semaine passée et qui voulait se souvenir de ma bobine). C’est avec et sur tout cela qu’il accumule sa matière première. Celle-ci doit être éditée pour être diffusée - je dis “diffusée” et pas “publiée” parce que le résultats des recherches de Nick Davies doit pouvoir être accessible sur les supports de lectures traditionnels comme sur les supports numériques.

Si comme cela semble être le cas pour notre ami britannique, il faut que le journaliste fasse des manipulations spécifiques à chaque support alors bien évidemment il va perdre un temps précieux et le résultat risque de ne pas être globalement satisfaisant car à moins d’être très doué il n’aura pas l’habileté suffisante pour obtenir le meilleur rendu possible sur chaque support.

Or ce n’est pas ce que l’éditeur qui emploie Nick Davies lui demande, il lui demande de ficeler les meilleures enquêtes possibles, celles qui passionneront les lecteurs, qui seront incontestables, qui feront avancer le débat public. Et si l’éditeur veut ce résultat il doit permettre à Nick Davies d’être libéré des contraintes techniques de diffusion. Autrement l’éditeur doit mettre à la disposition de son enquêteur vedette une plate-forme cross-médias qui libérera Nick Davies de toute contrainte d’édition, ces tâches étant assurées supports par support par des spécialistes (on ne fait pas un quotidien comme un site web).

Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi il y a toujours dans les esprits une ligne de partage entre le print et le numérique. C’est comme si les éditeurs et les journalistes n’arrivaient pas à faire le différence entre le fond (contenus) et la forme (éditions). Or sans cette distinction, l’industrie de la presse ne s’en sortira pas.

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Web et presse: le faux dilemmne?

admin | 28 07 2008

Sous le titre “Web et médias traditionnels: le dilemme du journaliste”, Philippe Couve a engagé une riche discussion sur Mediachroniques. Voici ma contribution:

J’ai dirigé le service société du Monde de 1991 à 1995, service dans les pages duquel étaient publiées les chroniques judiciaires (j’ai donc appartenu à cette hiérarchie réputée “castratrice” qui est plus ou moins ouvertement mise en cause dans les malheurs de la presse par les journalistes de base, :-), mais c’est une autre histoire). C’était juste avant le lancement du site web du journal. A cette époque, écrire sous la marque “Le Monde” imposait au chroniqueur judiciaire avant tout de la rigueur, par exemple dans l’énoncé des titres et des fonctions de chaque acteur de la “pièce” tribunalesque. Autrement dit il ne fallait pas mélanger procureur, avocat général, numéro de chambre, arrêt, jugement, délibéré, etc… Pour le reste le rédacteur avait liberté de relater l’événement comme il voulait avec:

- une contrainte de temps (copie rendue avant 9 heures le matin pour relecture par le chef de service, puis passage au SR pour nouvelle relecture et mise en forme, et enfin ultime relecture par un rédacteur en chef, le bouclage se faisant vers 11 heures)
- et une contrainte de place (les textes allaient selon l’importance du procès de 3000 à 6000 signes soit une à deux colonnes avec un maxi de 9000 signes pour les très très grosses affaires).

Ce sont des contraintes aux quelles au moins trois générations de journalistes se sont pliés avec talent. Est-ce que cela a radicalement changé? L’heure de bouclage a été drastiquement avancée et le nombre de signes a été sévèrement réduits.

Ce ne sont pas des contraintes propres au “Monde” dont les rédacteurs ont encore toute la nuit pour “pondre” leur texte sur l’audience de la veille. En revanche est-ce que les exigences “qualitatives” (rigueur de l’information) ont elles aussi été réduites? Je dois avouer que je ne lis plus très souvent la chronique judiciaire (désolé Pascale) mais je ne pense pas que les standards en ait été abaissés. Quel est donc le dilemme de notre amie? Faire court et sérieux (sinon chiant) pour le print et long et nerveux (sinon brillant) sur le web?

Je pense que la question est posée parce que Pascale reste contrainte de jongler entre deux système de publication, Hermès d’un côté qui sert à imprimer le Monde et dont sera extrait à grand peine son texte à destination du site après publication; Wordpress de l’autre qui est la plateforme de blog du monde.fr. En fait Pascale n’a pas deux visages, face celui de la hiératique rédactrice du Monde, pile celui de blogueuse pétulante. Elle se colle double boulot (et je l’en félicite car je trouve que le nombre de rédacteurs du “Monde” blogueurs est ridiculement insuffisant). Or le souci de son éditeur devrait être de lui faciliter la tâche. C’est ce que je disais récemment en commentant le lancement de la nouvelle formule du site: Pascale appartient à une communauté, celle des journalistes du Monde; cette communauté devrait travailler sur une plateforme sociale (du type ning, celle de mediachroniques par exemple) qui permettrait à chaque rédacteur de rédiger ses textes dans le style et la longueur qui lui convient avec tous les liens ou références appropriés; cette production est alors soumise à un “centre de tri” (on peut appeler cette fonction “chef d’orchestre” ou super éditeur) qui distribue les éléments entre les différents supports; chaque support (papier, web, newsletter, mobile…) étant édité spécialement. Ainsi Pascale pourrait se concentré pleinement son son boulot, faire la meilleure relation possible de l’actualité judiciaire. Pour que cela fonctionne pleinement il faut adapter les outils (ce n’est que de la techno) et il faut surtout qu’il y ait un rapport de confiance absolu entre le rédacteur et les échelons intermédiaires avant diffusion. Il faut aussi que la hiérarchie papier intègre une organisation où les règles de fonctionnement sont redéfinies en fonction des cibles que la communauté en question veut atteindre, en fait une politique éditoriale globale. Bref le facteur humain est prépondérant.

Jeff Mignon a trouvé cette vidéo de Jay Rosen (prof en journalisme à NYU) qui présente quelques rapides conclusions sur ses recherches sur les reportages utilisant les “social networks”. Ca vaut le détour:


Au fil de la discussion, j’ai été d’accord avec Mettout quand il reproche aux écoles de journalisme
“de demander à leurs étudiants de faire court et bref quand il s’agit d’écrire pour Internet”. Il a cent fois raison de dire: “on se rend compte avec tes belles histoires qu’une fois de plus la vérité est ailleurs. Le Web, c’est le support de TOUS les formats, y compris d’écriture traditionnelle.” Ce qui va dans le sens de Jeff quand il dit: “Mais finalement le web — et son outil unique : l’hyperlien — ne nous permet-il justement pas d’inventer une écriture à la fois courte et à la fois longue. Une écriture où le parcours de lecture est celui que souhaite le lecteur sur la base des hyperliens qu’il clique augrès de ses envies et de ses besoins. On pourrait imaginer des papiers sur la base de “user cases”. Tel lecteur voudra savoir ça : donc il va cliquer ici, puis là, etc. On construit l’histoire avec différent chemins de lecture pour satisfaire différentes façons d’aborder le sujet.”

En revanche je mettrai un bémol à l’affirmation de Pierre: “Publier dans un journal revient à se plier à un ensemble de contraintes. Publier sur un blog, c’est une succession de libertés qu’on prend.” Un journaliste qui travaille dans un groupe doit adhérer à la charte éditoriale de ce groupe et ne devrait donc pas s’en abstraire quand il blogue sous les couleurs de ce groupe - les contraintes déontologiques restant les mêmes quel que soit le support quand on se revendique journaliste

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