Des Etats généraux de la presse pour quelle révolution?
admin | 23 09 2008
Quand la France convoque des Etats généraux, la révolution pointe le bout de son nez. En sera-t-il de même pour les Etats généraux de la presse organisés à l’initiative du chef de l’Etat? Le tollé semble général à la suite de la diffusion sur le site du Point du rapport « Médias et numérique » remis par Danièle Giazzi au Président de la République (on peut le télécharger ici et Mme Giazzi a donné une interviex à 20 minutes qu’on peut consulter là).
Sur ecosphere, Emmanuel Parrodi estime que ce rapport est dans la grande tradition colbertiste française:
Comme prévu le rapport vise à détricoter les dernières barrières limitant la concentration dans l’industrie des medias. L’argument, logique, de la nécessité de de bâtir des groupes multimedia l’emporte sur la question de légiférer sur le seul écosystème de l’internet. Pas le temps de commenter plus avant ce matin mais je note qu’on tente de renouer sans surprise avec la bonne vieille recette colbertiste qui favorise la constitution de pôles industriels puissants dont on favorisera la position dominante et qui deviendront l’interlocuteur naturel de l’Etat. Reflexe naturel bien français, parfois efficace, toujours spectaculaire, et qui permet de s’économiser une vraie réflexion sur le développement des initiatives individuelles et d’un ecosystème favorable au développement d’un tissu industriel. D’ailleurs je ne vois pas grand monde représentant les medias internet dans la liste des personnes consultées. Mais les principaux consommateurs d’aides de l’Etat y sont bien représentés.
Sur nuesblog, Nicolas Voisin estime que Danièle Giazzi donne des boutons:
Pendant que quelques uns se tripotent les neurones à savoir si la concentration dans les médias est un danger pour le pluralisme, d’autres certifient le contraire : “Il faut libéraliser le secteur”, comprenez, favoriser les concentrations (oui, je sais la logique sémantique n’est pas évidente, c’est le propre du néolibaralisme). “Aujourd’hui à l’heure d’Internet et du numérique, le pluralisme serait garanti par l’abondance des sources d’information” nous assure la rapporteuse de la commission mandatée par notre ovniprésident(…)
Après la riposte graduée, voici la concentration graduée. Amis, réjouissons-nous de la plus grande puissance de feu sur nos “temps de cerveaux disponibles” demain d’un Bouygues, d’un Boloré ou d’un Lagardère.A force de se ressembler les sources d’info n’auront donc plus qu’à se “rapprocher” voir à opter pour un diffuseur commum.
Le pluralisme, c’est toi, c’est moi, mais ça ne sera pas eux.
Une idée pour la commission (qui prépare les États généraux de la presse, l’examen de la loi audiovisuelle et celui de la loi antipiratage des œuvres culturelles – rien que ça) > réfléchir à un véritable service public de l’Internet, endémique et multimédia. Ma marote.
Sur novövision, Narvic analyse la fin du journalisme entre les lignes:
Le premier temps de ce « plan de bataille » consiste à restaurer la rentabilité de la presse écrite, en faisant voler en éclats le cadre juridique hérité de la Libération, préalable à l’absorption des journaux par de grands groupes multi-médias / multi-supports. Ces groupes seront à naître de la fusion des industries du divertissement et de l’information, en faisant sauter les verrous juridiques qui font obstacle aujourd’hui à leur constitution : les lois anti-concentration dans la presse et les médias, et le droit d’auteur des journalistes… Le rapport préconise toutefois un certain nombre de mesures favorisant le développement, à la marge de ce système médiatique, d’un journalisme « artisanal » indépendant sur internet, bénéficiant de l’aide l’Etat et de fondations privées.
Dans une tribune sur Rue89, le sociologue Jean-Marie Charon indique les « fausses pistes » du rapport:
Les recommandations suivantes vont totalement à l’opposé de ces bonnes intentions puisqu’elles assènent une option centrale, se débarrasser des dispositions anti-concentration. Répondre aux demandes incessantes des groupes de communication qui réclament depuis des années d’être libérés de toute entrave.(…) Sauf que l’observation de la situation de la presse en France et dans le monde, montre que le raisonnement est faux. Quel est le bilan des groupes de communication dans la presse quotidienne française? Jamais concentration ne fut plus grande qu’avec Robert Hersant et pourtant jamais le bilan ne fut plus catastrophique pour des titres comme ceux de la presse de Rhône-Alpes, de l’Ouest ou du Nord de 1980 à 2003(…) C’est ainsi que Le Progrès (de Lyon), dans cette période, a perdu 32% de sa diffusion, alors que le Dauphiné Libéré reculait de 24,6%. Mais le bilan du groupe Lagardère dans la presse du Sud Est n’est pas plus flatteur puisque sur les mêmes années le Provençal et le Méridional, fusionnés dans La Provence verront la diffusion reculer de -35,5%. Recul général, suggère le rapport Giazzi qui constate que « les ventes décroissent sans interruptions depuis les années 60 ». Sauf que sur ces mêmes années Ouest France et le Télégramme de Brest ont eux progressés de 13,5% et 11%. Sauf que ceux-ci ne sont pas des géants. Le premier a remis son capital entre les mains d’une association et le second est totalement indépendant.
Et Edwy Plenel qui renvoie à PaperRoll sur Mediapart note:
cette opération de communication enrobe une vaste offensive de dérégulation des médias sous tous supports, parallèle à l’affaiblissement économique et à la prise en mains politique du service public audiovisuel.
Donc il s’agit tout à la fois de sauver la presse, le journalisme, le pluralisme, la démocratie, le droit d’auteur en empêchant des copains (encore des copains) de notre omniPrésident de « concentrer » et de faire tomber des « privilèges ». C’est pas gagné.







La photo de EPn'est sans doute pas la plus valorisante
serge | 26 09 2008La photo de EPn’est sans doute pas la plus valorisante du moustachu…
Le Président Sarkosy a bien posé le problème en ouvrant
Alain Giraudo | 5 10 2008Le Président Sarkosy a bien posé le problème en ouvrant ces fameux Etats généraux dans un discours émaillé de savoureux lapsus (Freud au secours). Voilà la vidéo:
Discours de Sarkozy lors des états généraux de la pressepar la-croix