Subventions à la presse: les dégats collatéraux

Professeur d’économie à l’université Paris-I, Françoise Benhamou pose sur son blog « En Pleine Culture », de Rue89, la question de la pertinence des aides à la presse:

La presse bénéficie enfin de tarifs postaux préférentiels. C’est l’aide principale, qui transite par le budget de la poste. C’est celle qui permet que le journal soit disponible en tout point du territoire à un prix abordable. En vue de la privatisation de la poste, un accord conduit à ce que la presse se trouve dotée de 242 millions d’euros de moins à partir de 2011.

Certes, les Pays-Bas (notamment) ont eux aussi privatisé leur poste et supprimé cette forme d’aide. Et la presse n’est pas morte. Mais le pays est bien plus dense et petit que le nôtre, grand comme trois fois et demie l’Ile-de-France, et on ne s’y pose pas la question de la distribution de la presse dans le Finistère ou dans la Creuse ! Ajoutons que l’essentiel de la distribution s’y fait par portage, alors que celui-ci demeure marginal dans notre pays.

On nous promet des aides nouvelles. Mais quelles seront-elles ? Et pour quel montant ?

J’ai apporté l’éclairage suivant à ce post (post qui a déclenché une série de commentaires que les participants aux États généraux devraient lire pour mesurer la piteuse image que véhicule notre sacro sainte presse et ses journalistes):

J’ai dirigé « Centre Presse », quotidien départemental de l’Aveyron, pendant 5 ans. 65% de sa distribution est assuré par abonnement (environ 15.000 exemplaires) et environ 90% de ces 15.000 exemplaires sont livrés par la Poste qui accorde à Centre Presse un tarif très favorable. Cette subvention qui est déterminante pour les comptes (très fragiles) du journal est aussi un sévère handicap.
La Poste ne travaillant pas le dimanche, le journal n’est pas livré ce jour là, et, contrairement aux quotidiens qui augmentent leurs ventes grâce aux suppléments TV, la diffusion est nettement moins bonne, ce qui grève les résultats.
La Poste accorde sont tarif préférentiel à condition que le poids de l’exemplaire livré ne dépasse pas 100 grammes. La pagination de Centre Presse qui est imprimé en format berlinois ne peut donc excéder 32 pages. Or deux autres quotidiens régionaux eux sont distribués dans le département. Ils utilisent le même format mais n’ayant pas de contrainte de poids ils peuvent imprimer jusqu’à 42 pages. Soit 10 pages (et d’informations) de plus que Centre Presse qui est vendu au même prix, 85 centimes d’euro.
Résultats la diffusion baisse et les résultats économiques sont de plus en plus négatifs alors que l’information locale qu’on y trouve est la plus riche et la plus proche des Aveyronnais.
Voilà comment un système de subventions, créé avec les meilleures intentions du monde, finit par devenir un système létal pour la presse qui les reçoit. L’exemple des aides de la Poste pourrait être étendu aux aides à la modernisation.

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Une réponse à Subventions à la presse: les dégats collatéraux

  1. Emmanuel dit :

    Excellent témoignage. Malheureusement l’économie des medias est truffée de ces petits détails qu’on ne peut expliquer en long et en large sans rendre le débat illisible. On préfère disserter. Il y aurait aussi beaucoup à dire sur le web et la stratégie de certains acteurs qui nous ont amené à avoir les tarifs publicitaires les plus bas des pays industriels. Ce que nous allons payer très cher.

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