L’externalisation dans l’industrie de l’information

Comme nous l’avait conseillé Jeff Mignon, j’ai suivi la conférence « New Business Models for News » organisée par la Cuny Graduate School og Journalism. Ce qu’on peut faire en direct ici ou en sélectionnant des extraits (« on demand »)

Parmi toutes les interventions (de vraies remues méninges que les participants aux Etats généraux de la presse devraient suivre tout autant que les syndicats de journalistes) j’ai retenu celle de Edward Roussel, directeur des éditions numériques du Daily Telegraph. Développant l’idée du gourou du management, Tom Peters, il a défendu le concept d’externalisation. C’est un concept que j’avais essayé de mettre en pratique dès la fin des années 90 au Monde interactif en estimant que Le Monde était bon sur certain sujets mais n’était pas le meilleur et de loin sur d’autres (finances, sports, vidéo par exemmple). J’avais donc imaginé le concept de « chaînes » alimentées par des contenus extérieurs. Cette démarche n’a pas été comprise – c’est le moins qu’on puisse dire – par l’actionnaire majoritaire du Monde, c’est-à-dire la Société des rédacteurs (SRM) qui a tout fait pour faire capoter ces projets: lemonde.fr ne pouvait pas s’abaisser à présenter autre chose que Le Monde!

Je me réjouis de voir qu’une idée qui me semblait évidente en 2008 est exposée aujourd’hui par un Anglais comme une évidence dans un forum sur les nouveaux modèles économiques de l’information (je sais, il ne faut pas avoir raison trop tôt). En tout cas, l’exemple d’externalisation que donne Edward Roussel m’a semblé très intéressant: Le Daily telegraph travaille avec la chaîne de télévision britannique ITN pour le traitement vidéo de sujet. C’est mieux fait et c’est moins cher que si nous l’avions fait a expliqué en substance Edward Roussel. Pour lui, le coût de production de l’information est désormais trop élevé, il faut donc concentrer l’essentiel de ses moyens sur la production originale (« premium product ») et limiter les investissements sur les autres strates de l’information diffusée (synthèses de dépêches et dépêches d’agences de presse ou de correspondants).

Cette description n’est pas loin du concept « d’économie du lien » cher à Jeff Jarvis, qui anime d’ailleurs les débats: consacrez vous à votre spécialité et faite des liens (externalisez) vers le reste!

Est-ce que cela ruine l’autre concept, celui de « cross médias » qui m’est cher? Je n’en suis pas sûr. Seule la « structure moléculaire » de l’organe d’information subit des variations. Au lieu de partir d’une salle de rédaction existante orientée papier et de la transformer pour en faire une salle de rédaction dont le travail peut être diffusé sur des supports physiques ou des supports numériques (une galaxie en quelque sorte), on part d’un groupe de rédactions maîtrisant des technologies de diffusion différente (papier, radio, tv), on recalibre leur champ d’intervention pour les rendre cohérents, et, avec ces différentes briques, on construit un système d’informations multi médias. On aboutit au même résultat par des routes opposées.

Reste à savoir quelle est celle qu’on emprunte à moindre coût. Dans tout les cas le coût social sera élevé, car il faudra faire accepter le changement et en payer le coût. Cela n’aura d’intérêt que s’il y a un retour sur investissement non négligeable c’est-à-dire une baisse radicale des coûts de production de l’information. Et là on arrive rapidement à l’os, autrement dit au problème de la qualité. Mais c’est une autre histoire.

PS: voici la présentation faite par Jeff Jarvis sur le modèle économique:

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