Financement de l’information: le modèle Spot.us

Le modèle économique de la presse en vigueur depuis Renaudot est moribond. Personne ne trouve de solution avec internet. On n’entend que cela aux Etats généraux de la presse et au congrés de la Fédération nationale de la presse. Ce qui me laisse à penser que nos chers Atrides – comme disait un membre de la famille, Jean Miot, dans les colonnes du JDD – ont tendance à chercher la clé de leur problème sous le réverbère de leur manque d’imagination (on se racontait une histoire comme ça, quand j’étais jeune: un type bourré cherchait les clés de sa bagnole sous un lampadaire et ne les trouvait pas; mais il les cherchait là où il y a de la lumière et pas là où il les avaient perdues!)

Bref des gens qui ont de l’imagination, il y en a. David Cohn par exemple. Voilà son idée: le journalisme est un process, pas un produit (tout le monde est d’accord?), mais ce process est consommateur de temps, le temps c’est de l’argent, donc il faut payer ceux qui réalisent ce process professionnellement (et jusque là tout le monde devrait encore être d’accord!). Or le journalisme est désormais participatif (là bien sûr j’entends des dents qui commencent à grincer) si bien qu’une façon de réaliser cette participation serait de donner la possibilité au public (on peut aussi dire les lecteurs potentiels) de financer la recherche et le traitement des informations qu’ils ont envie de lire. Et David Cohn de préciser que ce type de journalisme, catalogué comme « civique », n’a pas besoin de faire 30% de marges bénéficiaires.

Là j’entends de gros ricanements dans les rangs des DAF (à moins de 30% on peut pas vivre mon pauvre monsieur), mais qu’est ce que c’est cette histoire encore? Eh! bien ça s’appelle le « crowdfunding » – encore un néologisme américain qui va pas être de la tarte à traduire, mais qui veut dire en gros « financement par le public ». Je ne suis pas sûr que si je me pointe chez ISAI, le fonds d’investissement que viennent de lancer « six personnalités emblématiques du Web », pour financer les entreprises en phase de démarrage avec un projet du genre on va pas me rire au nez.

Or ce n’est pas ce qu’a fait la fondation Knight, dont je parlais récemment. Grâce au Knight News Challenge, David Cohn a pu lancer le 10 novembre Spot.us qui est un projet sans but lucratif du Centre pour le changement des médias. Le fonctionnement est décrit dans la vidéo ci dessous.

Bien sûr je ne sais pas si c’est « la » solution ou même « un bout » de solution au problème du financement de l’information, problème dont le traitement doit permettre aux bataillons de journalistes de continuer à faire leur métier. En tout cas je me dis que le site Mediapart aurait eu beaucoup plus de gueule lancé sur ces bases. Parce que l’idée de travailler sur des sujets choisis non pas en fonction des tropismes journalistiques mais de l’intérêt de ceux qui vont le lire me semble rudement fondée (mais là aussi je sais que je ne fais pas l’unanimité).

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6 réponses à Financement de l’information: le modèle Spot.us

  1. crowd, pas crowfinding, les corbeaux a priori n’ont rien à voir dans cette histoire lapsus quand tu nous tiens, moi j’ai parlé de réaction au lieu de rédaction….)

  2. admin dit :

    merci Marine, c’est corrigé

  3. Quelle chance d’être tombée sur votre blogue. Je m’intéresse aux modèles (concepts et modes de financement) sur le web.

    L’approche de Spot.us est intéressante et peut contribuer au débat du nécessaire renouvellement de la pratique journalistique. Renouvellement également souhaité pour l’industrie de la presse dont la chaîne de production est aussi fortement remise en question que celle de la musique.

    p.s.
    Vous utilisez le qualificatif civique, l’expression journalisme citoyen semble plus répandue.

    Salutations cordiales

  4. admin dit :

    Le mot citoyen a été adjectivé et a été vidé de sens. Civique est un adjectif qui en a toujours. C’est pour cela que je préfère cette formulation.

  5. keliane dit :

    Bonjour je suis monsieur keliane je suis très intéresser de votre projet
    Alors envoyer moi votre cordonnez pas mail comme sa ont pourra parler on téléphone

    Merci mes Salutation

  6. Journalisme citoyen ou civique ?
    La nuance que vous apportez est juste. Cependant, le mot civique, au Québec, fait souvent référence à un devoir, mais beaucoup moins à une participation volontaire. Je vais faire circuler.

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