Les éditeurs contre Google: encore une faute

Je pense que Narvic (Guy Bordessoule de novovision.fr) ne m’en voudra pas de reproduire « in extenso » le commentaire (devenu ensuite un long post)qu’il a fait sur un post d’Emmanuel Parody (ecosphere) à propos de la mise en cause de Google par les éditeurs lors d’une session des Etats généraux de la presse. Eric Scherer a fait de ce « procès » le résumé suivant:

Je pense donc, comme Narvic, que:

J’ai bien peur que les médias ne résolvent pas leur problème de distribution en s’en prenant à Google : c’est s’attaquer à des conséquences, pas à des causes.

Google n’a pas créé le nouveau mode de distribution de l’information en ligne : il n’a fait que le comprendre avant les autres et s’y adapter adroitement, et il est bien le seul à réussir à en tirer profit.

Le fond de l’affaire est qu’il sera probablement impossible de reconstruire sur internet, comme sur le papier, une intégration verticale publication/distribution. Les médias s’illusionnent à conserver ce projet.

Le net a rompu le lien “organique” précédent entre publication et distribution. Ce sont les internautes eux-mêmes, qui sont désormais les “agents” de la distribution de l’information en ligne (pas Google), car ce sont eux qui placent les liens qui permettent l’accès à l’information. Les points-clés de la distribution en ligne, ce sont la recommandation et la réputation et ces points-clés sont passés presque entièrement du côté utilisateur. Ils ne sont plus du côté producteur, et ils n’y reviendront pas.

Google sait exploiter ce système, mais il n’est pas le seul : la blogosphère dans son ensemble, les réseaux sociaux, les agrégateurs… jouent le même rôle dans la distribution (c’est de la distribution distribuée ;-) ).

Démanteler Google ne fera que déplacer le problème vers un autre service d’agrégation des recommandations d’internautes.

En réalité, Google ne détient pas réellement un monopole, dans le sens “classique” : si demain, un autre service fait mieux que lui, il le remplacera rapidement. Google n’est pas propriétaire du système de distribution, il n’en est qu’un exploitant. Car le système de distribution : c’est le net lui-même.

Les médias font fausse route en considérant que le problème est celui d’un partage de la rente liée à la production des contenus, dont une partie serait “captée” par Google.

Google ne leur “vole” rien : il s’est seulement positionné là où se créé la valeur en ligne, et c’est pas dans la création des contenus !

Et cette affaire a bien fait rigoler Jeff Jarvis quand il a pris connaissance de la dépêche d’Erc Scherer. Voici un extrait de son post intitulé « Essayez donc de vivre sans Google, Mm les Français! »

This anti-Google attitude comes from an apparent sense of entitlement that we see clearly in France but also elsewhere: Google owes us. We are losing money from advertising and Google is making money from advertising, ergo Google should play fair and give us some. But where is it written that publishers have a right to advertisers’ money? Publishers are losing advertising money because others saw the opportunities in the internet to serve them better and it’s advertisers’ right to put their money where they see the best return. All’s fair in markets.

Google could just take the money and sneer at publishers. But instead, it offers them a piece of its pie by both sending them traffic and offering them the chance to share in its ads. Publishers may wish to negotiate rates and shares with Google from a position of greater strength – that’s business – but Google doesn’t need to do business with papers at all.

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5 réponses à Les éditeurs contre Google: encore une faute

  1. narvic dit :

    Je ne vous en veux pas du tout. L’information sur le net est faite pour circuler. ;-)

  2. Alain Giraudo dit :

    merci

  3. Emmanuel dit :

    De toute façon les commentaires de Narvic sont des fleuves. Et ce garçon prétend promouvoir le journalisme de liens :-)

    Je comprends qu’on puisse être d’accord avec ce texte mais il y a un malentendu au départ. Parler de démantelement ne signifie nullement détruire l’acquis de Google ou remettre en cause la pertinence du moteur de recherche. Mon propos est justement de ne pas penser « anti-Google » ou « pro-Google » et de penser en terme de régulation de marché. La question est seulement de séparer deux activités. Qu’on pense à Exxon, à ATT.

  4. admin dit :

    J’avais bien compris que l’idée sous-jacente était un démembrement des activités façon Exxon ou ATT; l’ennui c’est que ces démantèlements ont été réalisés pour favoriser la concurrence et in fine faire baisser les prix (ce qui a été plus vrai dans le téléphone que dans les produits pétroliers); or le paradoxe de la situation monopolistique de Google c’est qu’il tire les prix vers le bas. Ce qui met les éditeurs en rage c’est un renversement de front: ils pratiquent (sur le papier) des tarif très élevés et consentent une maigre commission à leurs régisseurs tandis que Google brade le cpm mais retient une commission élevée. Pourquoi faudrait-il casser cela – qui fonctionne d’autant mieux que c’est alimenté par le moteur de recherche? Pourquoi personne n’est capable de lancer un système concurrent? Je ne n’ai pas de bonnes réponses bien sûr, mais je ne crois pas que le tarif de la pub sur le net va remonter et que les éditeurs se trompent s’ils comptent là dessus pour financer leurs « chers » contenus.
    p.s: nous sommes tous des zélateurs du lien mais nous faisons tous long :+)

  5. Emmanuel dit :

    Dans mon dernier post je donne un exemple d’effet pervers qui mène à un transfert de valeur des sites à forte valeur ajoutée vers les sites à faible CPM. C’est un débat très complexe mais le pont à retenir c’est que les la maitrise des prix échappe in fine aux acteurs de l’économie (pas seulement aux éditeurs d’ailleurs).

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