Management ou maquette: quels changements?

Le hasard d’un voyage dans le Sud-Ouest a voulu qu’un confrère me montre la prochaine maquette du quotidien dans lequel il travaille encore pour quelques mois. Le design a été fait par un cabinet écossais qui a mon goût a réalisé un reloockage intéressant de ce quotidien. Ce n’était pas l’avis de mon confrère qui ne voyait pas l’intérêt de changer de polices de caractères et de logo. Je pense que c’était une vision réductrice du travail du cabinet écossais mais j’ai eu du mal à défendre mon point de vue car le numéro zéro qui m’était présenté avait été fait avec des textes anciens ajustés pour les besoins de la maquettes donc sans aucun travail d’éditing.

J’ai alors demandé à mon ami si ce travail avait été entrepris et si une réorganisation du processus éditorial était en cours. Sa réponse a été négative sur les deux points. Hélas! cela ne m’a pas surpris. L’excellent travail graphique accompli n’était pas l’aboutissement d’une réflexion en amont sur la nature de l’information et la meilleure façon de la diffuser en lui trouvant une mise en forme adaptée au support. La pyramide était encore une fois posée sur la pointe. Est-ce comme cela que l’érosion des ventes (en partie masquée par la pratique des ventes en nombre), pour ne pas parler de la baisse des recettes publicitaires, va être enrayée?

Je m’apprêtais à faire ici une « réponse » à cette question quand je me suis rendu compte qu’elle avait été apportée par Alan Mutter à propos du Orlando Sentinel et que Jeff Mignon avait rebondit sur le sujet en rappelant au passage que la presse américaine (qui est une presse locale) subit des compressions d’emploi effroyables (quelque cent postes supprimés au Sentinel depuis le début de l’année et 500 dans tous le groupe Tribune qui en est le propriétaire). Je suis d’accord à 100% avec Jeff quand il écrit:

« Le business va mal. Pas la couleur des rubriques ou la tête de la police de caractère.

C’est en profondeur que les journaux doivent s’interroger sur les directions à prendre pour essayer de redresser la barre (ce qui n’est pas garantie pour tous). C’est leur offre éditoriale qui doit s’adapter aux changements de la société et aux nouveaux besoins des consommateurs (lecteurs et annonceurs). Ce sont leurs équipes et leurs organisations qui doivent être profondément réformées.

Par exemple, tous les journaux sont, en gros, organisés éditorialement de la même façon. Est-ce encore la bonne façon d’organiser l’info ?

Qui peut encore croire qu’un coup de peinture va changer le « goût » du journal ? Qui peut encore croire que les équipes vont faire des choses différentes parce que la police de caractère a changé ? Qui peut encore croire qu’un support redécoré par les marchands de maquette va attirer de nouveaux consommateurs ? »

Et j’applaudis quand il conclut:

« pour sortir de la spirale de l’échec, il faut davantage que des réformettes et des changements de typos. Il faut plus que des déclarations d’intention et des heures de questionnement sur la couleur du logo. Il faut travailler autrement. Car les mêmes méthodes de travail auront les mêmes effets… qu’elles soient colorées en bleu ou en vert. »

En fait la sortie de crise des quotidiens traditionnels passe au moins par trois points obligés:

  1. changement de la logique éditoriale: il faut des directeurs de rédaction qui ne soient plus obsédés par l’heure de bouclage et le respect du budget de pagination mais par la juste manière d’apporter l’information dont les gens ont besoin soit pour jouer leur rôle citoyen dans la société soit pour leur faciliter la vie dans cette société. Ils doivent être capables de concevoir les déclinaisons sur tous les supports physiques et numériques de la moindre information.
  2. changement d’outil éditoriaux: il faut que les rédacteurs disposent d’outils simples qui ne leur demandent pas de jongler entre les interfaces plus ou moins biscornues pour écrire un texte et déoser des photos du son ou de la vidéo. Aux éditeurs de chaque support de déterminer ensuite la forme à donner en fonction de la grille d’analyse établie (une matrice en quelque sorte) par la direction de la rédaction (ou de l’information)
  3. changement du droit éditorial: les deux changements précédents ne serviront strictement à rien si le droit d’auteur déclenché après la première publication reste ce qu’il est. C’est le point qui fait sans doute grincer le plus de dents car il met aussi les rédacteurs face à leurs responsabilités dans la sortie de crise.
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Une réponse à Management ou maquette: quels changements?

  1. Pierre dit :

    Je souscris à votre analyse et j’en rajoute une couche:

    4. Changement des mentalités. Actuellement, les journaux sont vérolés par des hiérarchies sclérosées. Les bonnes volontés existent, les journalistes prêts à balancer du cross-média sont là et partants mais tout est bloqué parce que les chefs, en général oscillant autour des 55 ans, ne vont pas sur le net au quotidien, n’ont aucune idée des liens qui s’y tissent et donc des rapports lecteurs / auteurs, et restent très majoritairement dans une logique pétocharde: « ne rien faire, rien ne doit dépasser »… Dans ce contexte, évoquer l’idée d’un « blog » de la rédaction, sur le making-of du journal, revient à se faire passer pour un dangereux révolutionnaire…

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