Quel est le business des éditeurs?

J’ai la plus grande admiration pour le talent de polygraphe que déploie Jeff Jarvis. D’autant qu’il vise juste la plupart du temps. Ainsi dans la contribution hebdomadaire qu’il donne au quotidien britannique The Guardian il revient sur ce qui a pu paraître comme une provocation gratuite à l’intention de la presse (dont en général il brocarde l’allergie au web): « Google comme nouvelle salle de rédaction », pour poser une question, la question enfait: c’est quoi votre business? Et il constate qu’il est fréquent chez les plus grands de se tromper, avec des conséquences parfois désastreuses quand il faut prendre des décisions stratégiques. Jeff relève par exemple « qu’AOL croyait être dans le business des contenus mais il était dans le marché des communautés avant quiconque – AOL aurait ainsi dû être Facebook. Yahoo aussi pensait être dans le business des contenus alors qu’il était dans celui de la publicité bien avant Google. Et Yahoo devrait être Google. ».

Est-ce que les difficultés des journaux ne viennent pas de ce qu’ils se trompent de business? Bien sûr répond Jeff: « Ils sont des imprimeurs et des diffuseurs, deux secteurs dont les coûts sont devenus écrasants. » Or ces journaux ont aujourd’hui la tentation (quand ils ne sont pas déjà passés à l’acte) de se doter des technologiques numériques de pointes pour reprendre un avantage concurrentiel sur leurs confrères (Le Guardian a développé sa plateforme cross médias tout comme lemonde.fr et LePost.com ont leur propre système d’édition et de publication sur internet). Jeff a donc posé la question iconoclaste par excellence: « Qu’est-ce qui arriverait si les journaux se servaient de Google comme plateforme technologique puisque Google est le meilleur distributeur de contenus en ligne, qu’il sera très difficile d’égaler la technologie de Google et que Google est une formidable régie publicitaire?. Si effectivement ces domaines étaient sous-traités à Google, les journaux pourraient se concentrer sur leur vrai métier – le journalisme, l’information.

Avant de dire ce qu’il en pense, Jeff donne la parole à un haut technicien de Google: « Dans une industrie de l’information rationnelle, il y aurait plusieurs équipes de journalistes concurrentes mais une seule plateforme technologique ». Mais qu’y a-t-il de rationnel dans une branche dont les patrons refusent obstinément depuis la Libération toute mutualisation des moyens d’impression et au nom de l’indépendance et de la compétitivité investissent dans des palais à rotatives qui tournent six heures par 24 heures dans le meilleur des cas, mais syndiquent les contenus pour faire des économies?

La mutualisation de la technologie pour les organismes de presse ne serait pas contreproductive, elle serait un facteur de productivité: « Si n’importe quel journal, radio ou site pouvait se pluguer à des logiciels on line, les utiliser gratuitement en les adaptant librement à leurs besoins, alors oui, ils pourraient se concentrer sur leur seul et unique problème – le journalisme. » Pour Jeff, il restera toutefois encore une étape à franchir, et pas la moindre: créer une nouvelle relation avec le public, c’est-à-dire créer une communauté autour de la plateforme et des médias qu’elle diffusent. Je suis aussi de cet avis. Et c’est la raison pour laquelle j’écrivais dans un précédent billet que lemonde.fr (qui est centré sur sa – très belle -technologie) a manqué une occasion avec sa nouvelle formule.

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