Braderie de l’info sur Mediapart avant fermeture définitive?

Je n’ai pas mis mediapart dans mes flux rss. Je pense que le site – caricature de journal imprimé jusqu’à en être payant – d’Edwy Plenel est complètement à côté de la plaque. J’ai définitivement décroché après avoir tenté vainement de répondre à une note de Vincent Truffy.

Je remercie donc Olivier Zilbertin d’avoir attiré mon attention sur l’appel au peuple de l’ancien directeur de la rédaction du Monde. J’ai dis dans le post précédent ce que je pensais des appels pour la « liberté de la presse ». Je ne peut donc qu’approuver Zil quand il écrit :

« Le mail d’Edwy Plenel est intitulé: “Faites connaître Mediapart à vos proches jusqu’au 10 juin”. A oui, parce que on a oublié de le préciser: les abonnés peuvent parrainer jusqu’à cinq personnes en leur offrant généreusement un accès gratuit au contenu payant jusqu’au 10 juin. Comme si Mediapart venait de découvrir ou de comprendre que l’info sur Internet se propage avant tout de manière virale, et que l’une des conditions à cette propagation virale c’est évidemment la gratuité. On paye rarement pour se choper un microbe. Alors on rase gratis le temps de la propagation, et puis quand le virus est inoculé en nombre suffisant, on referme les lourdes portes blindées sur l’info. Circulez, il n’y a plus rien à voir.
Problème: on ne peut évidemment pas le présenter de cette façon. On ne peut pas dire que l’on fait de la retape pour tenter de fourguer des abonnements payants à 7000 gogos qui n’auraient pas bien vu qu’en face – et à coté, et au dessus, et en dessous, et partout – c’est gratuit. Alors la grande idée de Mediapart est là: on ne dit pas “grande braderie au rayon info pendant quinze minutes, avec ristourne effectuée directement à la caisse”, c’est vulgaire. On intitule son article de Une: « Mediapart en campagne pour la liberté de la presse ». Et là, ça change tout!

Au delà de l’ironie, un problème se pose: le projet de Plenel arrive à l’heure de vérité, celle où il faut faire la balance entre les recettes et les coûts. L’appel au peuple indique clairement qu’il y a un décalage qui est de nature à compromettre l’expérience. Pour ma part ce n’est pas une surprise. Pas plus que la défense de la liberté de l’information invoquée par Edwy Plenel pour faire face. Or ce qui est en cause est sans doute ailleurs. L’idéologue du journalisme d’investigation dont le net n’a jamais été la tasse de thé s’est fourvoyé dans une formule éditorialement et économiquement improbable. C’est son erreur et celle de son équipe. Ils ont encore les moyens de redresser le tir choisissant un créneau bien précis, en y pratiquant l’excellence et l’ouverture. Mais la liberté de l’information n’a strictement rien à voir là dedans. Edwy Plenel était libre d’investir son argent et sa matière grise dans un projet moins bancal. Il a fait un pari. Il est simplement sur le point de le perdre au moment où Rue89 est peut être en passe de le gagner (j’y reviendrai).

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3 réponses à Braderie de l’info sur Mediapart avant fermeture définitive?

  1. Je te suis. Et j’ajoute qu’ils font exactement tout le contraire de ce qu’il faut faire en matière de diffusion virale de l’information. Je m’explique ici dans un billet intitulé « la conversion ratée de Médiapart aux règle de la diffusion virale »: http://www.blogoz.fr/?p=178

  2. narvic dit :

    Depuis quelques temps déjà, vous avez un nouveau lecteur. Je profite de ce billet pour vous le signaler, si ça vous intéresse… ;-)

    narvic

  3. Jean-Baptiste dit :

    Je découvre avec intérêt votre blog sur les médias. Je partage (malheureusement) vos conclusions pessimistes quand à la manière dont les médias traditionnels gèrent actuellement le passage au numérique.
    Plus de détails dans cet article : http://rudelle.blogspirit.com/archive/2008/05/19/comment-internet-broie-le-modele-economique-des-medias.html

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