Ca ne s’arrange pas…

Je n’ai pas eu beaucoup de temps à consacrer à ce blog ces jours-ci (départ de Midi Libre et tout ce qui va avec, travail sur un projet dont je reparlerai quand il sera plus abouti…). Bref après une quinzaine la tête ailleurs, je fais le point en surfant sur mes blogs favoris et je constate que je n’ai pas manqué grand chose dans le genre « j’en ai pour combien de temps docteur? ».

Rapidement voici ce qui à mon sens mérite un petit arrêt sinon un détour:

  1. L’entretien réalisé sur offtherecord avec Fabrice Pozzoli-Montenay, secrétaire de l’Association des Journalistes européens. Il dit notamment:
  2. à propose de la nomination de Christine Ockrent à France 24:

    C’est une professionnelle, elle est nommée à France 24. Qu’elle soit mariée avec Kouchner, je m’en fiche éperdument. Je préfère que cela soit elle plutôt que quelqu’un de nommé uniquement pour des motifs politiques: c’est une professionnelle des médias et cela ne me choque pas qu’elle soit là. Même si j’aurai préféré, comme beaucoup de journalistes, qu’elle ne fasse pas ce que l’on appelle des ménages [ndlr: intervention dans des séminaires de communication] à droite à gauche, à des tarifs qui font sourire quand on connaît le salaire moyen du journaliste français actuellement.

    à propos des intérêts des groupes industriels dans les groupes de presse:

    En France, on a des groupes qui ont des intérêts dans la défense, dans l’aéronautique, dans la construction d’autoroutes, de bâtiments… je ne suis pas sûr que cela n’induise pas une forte auto-censure dans certains médias. Dans l’idéal, tel que je vois le métier de journaliste, on ne doit pas dépendre d’autre chose que du travail que l’on fait. Le modèle qui consiste à vendre un journal et à vivre de cela me semble plus sain que de dépendre de la vente de matériel aéronautique, de contrats en Afrique ou autres, du marché du luxe en France, pour décider que le journal va faire cela ou cela. Je pense que si on fait de la presse, on fait de la presse et on le fait comme il faut. En ce moment en France, on ne fait pas bien de la presse parce qu’il y a d’autres choses qui se mélangent et qui font que le produit final n’est pas à la hauteur de ce que l’on devrait faire.

    à propos des difficultés financières de la presse nationale en général:

    En France, la presse quotidienne coûte cher. Pourquoi ? Parce que plus de 50% du prix d’un quotidien passe dans la fabrication et la diffusion. Je pense qu’il s’agit d’un frein économique majeur et c’est quelque chose qui ne pourra pas durer, sauf à voir perdurer la situation actuelle : une presse en crise permanente, sous perfusion, et qui n’arrive pas à se développer et à trouver un équilibre économique sain.

    et du Monde en particulier:

    Le site internet du Monde fonctionne très bien car il ne coûte pas cher à réaliser. Il est alimenté par le travail des journalistes du Monde, par le travail des journalistes d’agence et il brasse de la publicité. Le site du Monde a donc toutes les raisons de gagner de l’argent, mais s’il n’y avait pas le journal Le Monde derrière, je ne pense pas que le site gagnerait de l’argent. L’équation économique n’est pas forcément simple. Que le journal perde de l’argent, ce n’est pas très étonnant, car il coûte cher, il a énormément de personnel, ce qui n’est pas choquant en soi : un journal comme le New York Times compte à peu près le même nombre de journalistes sauf que le New York Times vend beaucoup plus d’exemplaires et a un équilibre économique. Le problème du Monde, c’est qu’ils ont réduit la pagination : si on prend le Monde d’un côté, The Independant ou The Guardian de l’autre, on a d’un côté un journal qui fait 48-60 pages et de l’autre des journaux qui font facilement 100 pages avec un choix de lecture, une offre éditoriale gigantesque. Le Monde, par rapport au prix de vente quotidien, je comprends que les gens hésitent à l’acheter, et c’est pareil pour Libé, pour l’Humanité et d’autres journaux… Les gens en veulent pour leur argent, c’est normal. Le Monde est un journal qui coûte cher à fabriquer, il y a eu des investissements en plus en imprimerie, en mobilier dans un siège social somptueux, dans l’achat de sociétés, qui maintenant se payent. Ils ont été plus dans une logique financière que dans une logique journalistique et ça, c’est toute la période Minc qui remonte à la surface.

    à propos de Médiapart, Bakchich et Rue89:

    Mediapart se base sur l’investigation, ce que je trouve très bien. Ils ont un modèle économique basé sur la vente du journal et je trouve que cela est tout à fait cohérent : si on fait un produit de qualité, ce produit a une valeur et on le vend. S’ils arrivent à tenir cette ligne éditoriale, ils peuvent trouver leur public et j’espère pour eux qu’ils trouveront l’équilibre financier. Bakchich, qui voulait également faire de l’investigation, s’est basé sur un modèle économique différent, gratuit. Actuellement, ils en sont à crier au secours pour que les lecteurs apportent de l’argent. Voilà les limites de l’internet : le gratuit ne génère pas assez d’argent. Rue 89 est très fréquenté, je ne pense pas qu’ils fassent beaucoup d’investigation : il y a du reportage, de l’interview, un gros travail d’appel sur des sujets qui ne sont pas obligatoirement bien traités par la presse française mais parfois, on a l’impression que le sujet est survolé et qu’on apprend plus de choses dans le commentaire que dans le papier lui-même. Ces trois exemples montrent les faiblesses de la presse écrite. Cela montre qu’il existe une attente des lecteurs qui vont sur ces sites, attente que la presse écrite n’arrive pas à satisfaire actuellement. Je ne crois pas du tout à la disparition de la presse écrite, je crois simplement que la presse française doit très fortement se remettre en question. Si elle ne fait pas un travail de remise à plat considérable, de la qualité et des conditions de son travail, on va dans le mur, même si on y est déjà depuis des années.

  3. Un texte de Jon Fine lu sur le site de Businessweek
  4. Sous le titre évocateur de « The Daily Shrinking Planet », l’auteur fait une analyse glaçante du marché de la publicité dans les quotidiens et spécialement les quotidiens locaux nord-américains.

  5. Le texte de Jeff Jarvis pour le site du Guardian
  6. Intitulé « Newsrooms are entering a hub-and-spoke future », il revient sur l’impact de la réorganistation des rédactions de la BBC et l’énorme perte subit par l’institution.

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